agri sauvage
L’AGRICULTURE SAUVAGE `
(ou naturelle ou synergétique)
supports et contacts
id vrac
infos
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termes
approche par Kali de Keyser p2
l’agriculture synergétique d’Emilia Hazelip
Fukuoka - permaculture p
Fukuoka (entretien) “ reverdir le désert ” p4
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“ Avez-vous remarqué que la "forêt vierge" pousse très bien toute seule
sans que quiconque ait besoin
d'aller y mettre le moindre engrais ou désherbant ? “
Masanobu Fukuoka
" J'ai fait quantité de fautes en expérimentant au cours des ans, j'ai fait I'expérience d'erreurs de toutes sortes. J'en connais probablement plus sur ce qui peut aller mal dans la croissance
des récoltes agricoles que personne d'autre au Japon. Quand j'ai réussi pour la première fois à faire pousser du riz et des céréales d'hiver * par la méthode de la non-culture, je me suis senti
aussi heureux que Christophe Colomb a dû I'être quand il découvrit l'Amérique ."
Masanobu Fukuoka
* précision : cultive de tout, pas que des céréales.
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SUPPORTS & CONTACTS
livres
Ouvrages de référence en français :
- La Révolution d'un seul brin de paille : une introduction à l’agriculture sauvage Fukuoka M., éditions Guy Trédaniel, Paris, 1983
- L'agriculture naturelle : théorie et pratiques pour une philosophie verte, idem, 1989 (ou La voie du retour à la nature : Théorie et pratique pour une philosophie verte (Broché) chez
amazon.fr
- agriculture naturelle de M. Fukuoka : l’art du non-faire
-> (remarqué à la fnac) : “ le jardin naturel “ de Jean-Marie Lespinasse.
sites
- 2 sites francophones très intéressants, avec nbreux liens :
association Nés de la Terre : www.geocities.com/nesdelaterre
association Les Portes Neuves : www.permaculturelpn.org
- richard rwallner : rwallner@no-log.org
- association Alt’R- Nature : permacultour.2002005@laposte.net
autres sources sites (extraits ce doc etc)
- notes et suite sur http://site.ifrance.com/ghanima/agro.html
- nbreux liens aussi dans le dossier "permaculture" de http://www.eco-bio.info/accueil.html
- http://www.citerre.org/fukuokamct.htm : Fukuoka
etc
à noter :
- une branche en permaculture : la “culture sans fumier” ou “végéculture” , “culture végétalienne”...
Réseau anglais : www.veganorganic.net
Réseau allemand : www.biovegan.org
Un site français : http://www.geocities.com/nesdelaterre/nesdelaterre.html
vrac
En français
La Permaculture (adresses, bibliographie...)
http://www.inti.be/ecotopie/perma.html
Liste de discussion permaculture (mise en place par Eric Viard)
- aussi "permaculture" http://www.eco-bio.info/accueil.html
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En Anglais
Fukuoka: la vidéo (en allemand pour l'instant)
The Fukuoka Farming website
- "Permaculture and Sustainable Living & Livelihood" sur le site "Communications for a Sustainable Future"
http://csf.Colorado.EDU/perma/
- Permaculture Global Assistance Network
http://www.peg.apc.org/~pgan/
- Site de Jim Bones
http://www.seedballs.com/
Nouveau - Novembre 2002 : Fukuoka : la vidéo (en allemand pour l'instant)
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INFOS
Masanobu Fukuoka
M. Fukuoka est une des rares personnes à avoir consacré plus de cinquante années de sa vie à l'agriculture, considérée comme une voie d'accomplissement spirituel. Plus rare encore, en
cette époque de spécialisation outrancière, est sa manière de saisir l'ensemble des relations réciproques, existant entre tous les aspects de la société humaine et la nature. Célébré comme " Lao
Tseu des temps modernes " par ses compatriotes, pour sa sagesse paradoxale, il retourne aux sources mêmes des traditions agricoles, tout en étant à l'avant-garde de la civilisation
postindustrielle. Il renverse les idées préconçues et les réductions rationalistes du monde, pour nous faire découvrir les racines d'un mode de vie sain et authentique, nous fournissant les
preuves de la vérité qu'il avance par sa pratique de l'agriculture.
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TERMES
- (autre termes dérivés d’ “agriculture sauvage” : : agr ... naturelle, synergétique ...)
- “ L'agriculture synergétique s'intègre dans la conception écologique des espaces semi-naturels et cultivés qu'est la permaculture “ K. de Keyser
- (“ Parmi les premiers à avoir théorisé une approche écologique de l’agriculture, le « paysan-philosophe » japonais Fukuoka et les australiens Mollison et Holmgren, dans les années
70. Ces derniers ont créé le concept de Permaculture, contraction des mots « Permanent » et « Agriculture », exprimant ainsi l’idée d'une agriculture pérenne pour une société permanente,
durable.”
Association Alt’air)
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La culture de la terre en synergie
par Kali De Keyser (dans le "Memento du jardinier bio" 1997 de Nature et Progrès, p. 10 et 11)
( !! : cet article est extrait d’un site “jardiniers” : l’accent est donc mis sur les petites parcelles. Ci-après on aborde les plus grandes superficies ...
jusqu’au désert !)
L'agriculture naturelle ou synergétique trouve ses bases dans les recherches de Masanobu Fukuoka, microbiologiste et agriculteur japonais, dont le travail a été adapté au climat tempéré
par Marc Bonfils et Emilia Hazelip.
La synergie, c'est l'action simultanée d'éléments indépendants (les plantes, les micro-organismes, la faune et la flore du sol, l'humus ... ) qui, ensemble, ont un
effet plus grand que la somme de leurs parties.
Dans ce système agricole, on cultive les plantes dans un sol sauvage qui s'auto-fertilise perpétuellement et se travaille de lui-même. Il n'y a donc pas de travail du sol, ni de labour : c'est la
faune du sol qui le travaille, les lombrics entre autres. On permet aux cycles biochimiques du sol ainsi qu'aux mycorhizes des plantes de se produire sans être perturbés par une aération
excessive ou par un engraissage malvenu. Aussi les apports en fumier, compost, ou tout autre engrais même biologique, ne sont plus nécessaires puisque la cause principale de destruction de
l'humus et de sa faune productrice, à savoir le travail du sol, est abandonnée.
Dans la nature, le sol est toujours couvert de végétation, vivante ou morte. De même, en agriculture synergétique, on protège le sol contre l'érosion par le vent, par la pluie, contre le
dessèchement par le soleil et contre l'envahissement par les herbes indésirables, grâce à un mulch qu'il soit de paille, de foin sans semences, de laine, de carton, de broyat de broussaille ...
ou même de trèfle rampant. Cette couverture du sol va se décomposer par l'intervention des micro- et macro-organismes qui vivent en quantités innombrables dans un sol non perturbé et vont ainsi
créer l'humus microbien puis l'humus stable, base de la fertilité des sols. On parle de compostage en surface et sur place.
Pour semer et pour éclaircir, on écartera ce mulch pour le remettre par après. Une grande diversité de plantes (légumes, fleurs compagnes, plantes aromatiques, ... ) sont cultivées en association
et en rotation. Rien n'est jamais enfoui. Les plantes se décomposent là où elles ont vécu. Plus il y a de plantes et plus elles sont diversifiées et mélangées, plus le sol est vivant et se
nourrit de lui-même.
Le désherbage des plantes indésirables se fait à la main par arrachage (le plus tôt possible). On les ajoute à la couche de mulch sauf quand elles sont en graines. La présence de ces herbes
diminue d'année en année car c'est le travail du sol qui fait remonter les graines en surface là où elles vont germer.
Pour débuter un jardin en synergie, on peut procéder de différentes manières : s'il y a une végétation existante, on s'en débarrasse, soit par un travail du sol (le dernier et le plus superficiel
possible), soit en faisant intervenir des animaux (poules, cochons), soit en recouvrant le sol avec des cartons ou des tapis.
Emilia Hazelip propose d'aménager le jardin selon la technique des plates-bandes surélevées. Ces plates-bandes de la hauteur de la couche humifère (plus elles sont hautes, plus les plantes
peuvent y enfouir leurs racines profondément) et d'une largeur telle que l'on peut facilement en atteindre le centre (1,20 m), seront installées une fois pour toutes. Comme on marche sur les
chemins et plus jamais sur les plates-bandes, le sol ne se compacte pas et reste bien aéré.
Par contre, dans d'autres jardins, les cultures sont au niveau des sentiers. Pour une grande superficie, il n'y a même plus distinction entre plate-bande et sentier. Chacun peut adapter la
méthode selon le sol, le climat, les dimensions du terrain et ses propres besoins.
L'agriculture synergétique s'intègre dans la conception écologique des espaces semi-naturels et cultivés qu'est la permaculture.
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L’AGRICULTURE SYNERGÉTIQUE D’ EMILIA HAZELIP
" Soigner la Terre en soignant le sol pour se soigner soi-même "
E_mail : emilia.hazelip@afrojazz.com (décédée ?)
Permaculture PyrenéesBP 217 F-11306 Limoux cédexFrance
L’ Agriculture Synergétique utilise l’autofertilité d’un sol maintenu ” sauvage “ en évitant les traumatismes des labours, binages, etc. considérés nécessaires pour la production végétale
depuis que l’agriculture a été inventé.
Lorsque le sol a son propre dynamisme, l’apport de fertilisants compensateurs : compost, fumier ou autres engrais, ne sont plus nécessaires.
Depuis 1937 le microbiologiste et agriculteur japonais, Masanobu Fukuoka a travaillé pour le développement d’une agriculture profondément écologique qu’il a nommé Agriculture
Naturelle.
Emilia Hazelip est une agricultrice qui depuis le début des années 60 pratique l’agriculture biologique.
Emilia Hazelip s’intéressa au travail de Fukuoka en 1978 lors de la parution de son livre : “ La Révolution d’un seul brin de paille “.
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FUKUOKA : L’AGRICULTURE SAUVAGE
«Masanobu Fukuoka a reçu une formation de microbiologiste. Il s'est spécialisé dans les maladies des plantes et a travaillé quelques années comme inspecteur des douanes en matière agricole. A
vingt cinq ans déjà, M. Fukuoka commence à mettre en question les principes fondamentaux de l'agriculture moderne. Il décide de quitter sa carrière technique et de retourner à son village natal
où il travaille depuis 35 ans à développer une méthode unique d'agriculture sauvage. (...)
A la période cet entretien, (1986) il a une grande audience au Japon. Il donne de nombreuses conférences, a écrit beaucoup d'articles et de livres. Il passe une bonne partie de son temps à
partager sa philosophie et ses techniques agricoles avec les nombreux visiteurs qui viennent à sa ferme dominant la baie de Matsuyama dans l'île de Shikoku au sud du Japon.»
Près d'un petit village de l'île de Shikoku, au sud du Japon, Masanobu Fukuoka a développé une méthode d'agriculture naturelle qui pourrait aider à inverser le mouvement dégénéré de l'agriculture
moderne. L'agriculture sauvage ne nécessite ni machines, ni produits chimiques et très peu de désherbage. M. Fukuoka ne laboure pas la terre et n'utilise pas de compost préparé.
[...]
Il n'a pas labouré la terre de ses champs depuis 25 ans et cependant leur rendement peut être favorablement comparé à ceux des fermes japonaises les plus productives. Sa méthode agricole demande
moins de travail qu'aucune autre méthode. Elle ne crée aucune pollution et ne nécessite pas d'énergie fossile.
[...]
A strictement parler, la seule agriculture « sauvage » est la chasse et la cueillette. Faire pousser des récoltes agricoles est un changement culturel qui requiert de la connaissance et un effort
constant. La distinction fondamentale est que Mr Fukuoka cultive en coopérant avec la nature plutôt qu'en essayant de l' « améliorer » par la conquête. [...]
->
LES QUATRE PRINCIPES DE L'AGRICULTURE NATURELLE
(PERMACULTURE) DE Masanobu FUKUOKA
extrait de "La révolution d'un seul brin de paille" ( éd. G.Trédaniel )
"- Le premier principe est de NE PAS CULTIVER, c'est-à-dire ne pas labourer ou retourner la terre. Pendant des siècles les agriculteurs ont tenu pour établi que la
charrue était essentielle pour faire venir des récoltes. Cependant, ne pas cultiver est le fondement de l'agriculture sauvage. La terre se cultive elle-même, naturellement, par la pénétration des
racines des plantes et l'activité des microorganismes, des petits animaux et des vers de terre.
- Le second est PAS DE FERTILISANT CHIMIQUE OU DE COMPOST PREPARE. [Pour fertiliser, M. Fukuoka fait pousser une légumineuse en couverture du sol, le trèfle blanc,
remet la paille battue sur les champs et ajoute un peu de fumier de volaille (à la suite de la construction d'une route entre son poulailler et ses champs, ses volailles ne pouvaient plus se
balader dans ses cultures. Il a été contraint à cet apport.] Les hommes brutalisent la nature et malgré leurs efforts ils ne peuvent pas guérir les blessures qu'ils causent. Leurs pratiques
agricoles insouciantes vident le sol de ses aliments essentiels et l'épuisement annuel de la terre en est la conséquence. Laissé à lui-même, le sol entretient naturellement sa fertilité, en
accord avec le cycle ordonné de la vie des plantes et des animaux.
- Le troisième est NE PAS DESHERBER, NI MECANIQUEMENT, NI AUX HERBICIDES. Les mauvaises herbes jouent leur rôle dans la construction de la fertilité du sol et dans
l'équilibre de la communauté biologique. C'est un principe fondamental que les mauvaises herbes doivent être contrôlées, non éliminées.
- Le quatrième est PAS DE DEPENDANCE ENVERS LES PRODUITS CHIMIQUES. [Mr Fukuoka fait pousser ses récoltes de céréales sans produit chimique d'aucune sorte. Sur
quelques arbres du verger il a occasionellement recours à une émulsion d'huile de machine pour contrôler la cochenille (insect scales). Il n'utilise pas de poison persistant ou à large spectre,
et n'a pas de « programme » pesticide] Depuis le temps que les plantes faibles se sont développées, conséquence de pratiques contre nature telles que le labour et la fertilisation, la maladie et
le déséquilibre des insectes sont devenus un grand problème en agriculture. La nature, laissée seule, est en parfait équilibre. Les insectes nuisibles et les maladies des plantes sont toujours
présents, mais n'atteignent pas, dans la nature, une importance qui nécessite l'utilisation de poisons chimiques. L'approche intelligente du contrôle des maladies et des insectes est de faire
pousser des récoltes vigoureuses dans un environnement sain.
« Mes champs sont peut-être les seuls au Japon à ne pas avoir été labourés depuis plus de vingt ans, et la qualité du sol s'améliore à chaque saison. J'estime que la
couche supérieure riche en humus, s'est enrichie sur une profondeur de plus de douze centimètres durant ces années. Ce résultat est en grande partie dû au fait de retourner au sol tout ce qui a
poussé dans le champ sauf le grain.» M. Fukuoka
Culture
(...) Quand ces mauvaises herbes s'installent, l'agriculteur est confronté à une tâche presque impossible, le désherbage annuel. Très souvent la terre est abandonnée.
Quand on est confronté à de tels problèmes, la seule solution de bon sens est de cesser en premier lieu les pratiques contre-nature qui ont amené cette situation. L'agriculteur a aussi la
responsabilité de réparer les dommages qu'il a causé. La culture du sol devrait être arrêtée. Si des mesures douces comme de répandre de la paille et de semer du trèfle sont pratiquées, au lieu
d'utiliser des machines et des produits chimiques fabriqués par l'homme pour faire une guerre d'anéantissement, l'environnement reviendra alors à son équilibre naturel et même les mauvaises
herbes génantes pourront être controlées
Fertilisant
Il m'arrive de demander en causant avec des experts de la fertilité du sol : « Si un champ est laissé à lui-même, la fertilité du sol augmentera-t-elle ou s'épuisera-t-elle? ».
D'ordinaire ils hésitent et disent quelque chose comme : « Bien, voyons. Elle s'épuisera... » Non, ce n'est pas le cas si l'on se souvient que si l'on cultive le riz pendant longtemps dans le
même champ sans engrais, la récolte se stabilise alors autour de 24 quintaux à l'hectare. La terre ne s'enrichit ni ne s'épuise.
Ces spécialistes se réfèrent à un champ cultivé et inondé (culture du riz - MD). Si la nature est livrée à elle-même la fertilité augmente. Les débris organiques animaux et végétaux
s'accumulent et sont décomposés par les bactéries et les champignons à la surface du sol. Avec l'écoulement de l'eau de pluie les substances nutritives sont entraînées profondément dans le sol
pour devenir nourriture des microorganismes, des vers de terre et autres petits animaux. Les racines des plantes atteignent les couches du sol plus profondes et ramènent les substances nutritives
à la surface.
Si vous voulez avoir une idée de la fertilité naturelle de la terre, allez un jour vous promener sur le versant sauvage de la montagne et regardez les arbres géants qui poussent sans engrais et
sans être cultivés. La fertilité de la nature dépasse ce que l'on peut imaginer. C'est ainsi.
Rasez la couverture forestière naturelle et plantez des pins rouges du Japon, ou des cèdres, pendant quelques générations et le sol s'épuisera et s'ouvrira àl'érosion.
Par ailleurs, prenez une montagne improductive à sol pauvre d'argile rouge et plantez-la en pins ou en cèdres avec une couverture du sol en trèfle et en luzerne. Comme I'engrais vert [note 1]
allège et enrichit le sol, mauvaises herbes et buissons poussent sous les arbres, et un cycle fertile de régénération commence. Il y a des cas où le sol s'est enrichi sur une profondeur de dix
centimètres en moins de dix ans.
Pour faire pousser les récoltes également, on peut arrêter d'utiliser des fertilisants préparés. Dans la plupart des cas une couverture permanente d'engrais vert et le retour de toute la paille
et de la balle sur le sol seront suffisants. Pour fournir de l'engrais animal qui aide à décomposer la paille, j'avais l'habitude de laisser les canards aller en liberté dans les champs. Si on
les y laisse aller quand ils sont canetons, pendant que les plantes sont encore toutes petites, les canards vont grandir en même temps que le riz. Dix canards vont pourvoir à tout le fumier
nécessaire sur un are et aideront aussi à contrôler les mauvaises herbes.
J'ai fait cela de nombreuses années jusqu'à ce que la construction d'une route nationale vienne empêcher les canards de traverser pour aller aux champs et revenir à la basse-cour. Maintenant
j'utilise un peu de crottes de poule pour aider à décomposer la paille. Sur d'autres terres, canards ou autre petit bétail sont encore possibles.
Ajouter trop d'engrais peut causer des problèmes. Une année, juste après le repiquage du riz, je louai un demi hectare en champs fraîchement plantés de riz pour une période d'un an. Je vidai
toute l'eau des rizières et procédai sans fertilisant chimique, répandant simplement une petite quantité de crottes de poule. Quatre champs poussèrent normalement. Mais dans le cinquième, quoi
que j'y fisse, les plants de riz poussèrent trop épais et furent attaqués par la brunissure (blast disease). Quand je questionnai le propriétaire à ce sujet, il dit qu'il avait utilisé ce champ
tout l'hiver comme dépôt de fumier de poules.
En utilisant de la paille, de l'engrais vert et un peu de fumier de volaille, vous pouvez obtenir de hauts rendements sans ajouter de compost ni de fertilisant du commerce. Depuis plusieurs
dizaines d'années maintenant, je reste tranquille à observer la démarche de la nature pour faire pousser et fertiliser. Et tout en observant, je fais de magnifiques récoltes de légumes,
d'agrumes, de riz et de céréales d'hiver, cadeau pour ainsi dire de la fertilité naturelle de la terre.
Venir à bout des mauvaises herbes
Voici quelques points clef à se rappeler dans la manière d'agir avec les mauvaises herbes.
Dès qu'on arrête de cultiver, la quantité de mauvaises herbes décroît nettement. Les variétés de mauvaises herbes dans un champ donné vont de même changer.
Si l'on sème pendant que la moisson précédente mûrit encore, ces semences germeront avant les mauvaises herbes. Les mauvaises herbes d'hiver ne lèvent qu'après la moisson du riz, mais à cette
époque-là, les céréales d'hiver ont déjà pris une tête d'avance. Les mauvaises herbes d'été ne lèvent qu'après la moisson de l'orge et de l'avoine, mais le riz est déjà en train de croitre avec
vigueur. En calculant les semailles de sorte qu'il n'y ait pas d'intervalle entre la succession des cultures on donne aux graines semées un sérieux avantage sur les mauvaises herbes. Si
l'on recouvre entièrement le champ de paille juste après la moisson, on coupe court momentanément à la germination des mauvaises herbes. Le trèfle blanc semé avec les semences, en couverture du
sol, aide aussi à garder
Les mauvaises herbes sous contrôle
L'habituelle voie d'action sur les mauvaises herbes est de cultiver le sol. Mais lorsque vous le cultivez, les graines enfouies profondément dans le sol qui n'auraient jamais germé
autrement, sont remontées à la surface et vous leur donnez une chance de germer. De plus, dans ces conditions, vous donnez l'avantage aux variétés à germination et croissance rapides. Ainsi
pourriez-vous dire que l'agriculteur qui essaye de contrôler les mauvaises herbes par la culture du sol, sème littéralement les graines de sa propre infortune.
Contrôle des « maladies »
Il faut dire qu'il y a encore des personnes qui pensent que si elles n'utilisent pas de produits chimiques leurs arbres fruitiers et leurs champs de céréales vont dépérir sous
leurs yeux. En réalité c'est en utilisant ces produits chimiques que les gens ont préparé à leur insu les conditions par lesquelles cette peur non fondée peut devenir réalité.
Récemment des pins rouges du Japon ont souffert de sérieux ravages dûs à une irruption d'hylobie de l'écorce (charançon du pin = pine bark weevils). Les forestiers utilisent maintenant des
hélicoptères pour essayer d'arrêter les ravages par des pulvérisations aériennes. Je ne nie pas que ce soit efficace à court terme, mais je sais qu'il doit y avoir un autre moyen.
Les chancres de l'hylobie, selon les dernières recherches, ne sont pas une infestation directe mais continuent l'action de parasites médiats. Les parasites procréent à l'intérieur du tronc,
bloquent le transport de l'eau et des éléments nutritifs, et causent éventuellement le dépérissement et la mort du pin. La cause profonde, naturellement, n'est pas encore clairement
discernée.
Les parasites se nourrissent d'un champignon qui se trouve à l'intérieur du tronc de l'arbre. Pourquoi ce champignon s'est-il mis à proliférer ainsi à l'intérieur de l'arbre? Est-ce que le
champignon a commencé à se multiplier après que le parasite eût déjà fait son apparition ? Ou bien est-ce que le parasite a paru parce que le champignon était déjà là ? Cela se résume par la
question : qui vint le premier : le champignon ou le parasite ? Qui plus est, il y a un autre microbe dont on sait très peu de chose, qui accompagne toujours le champignon, et un virus
toxique pour le champignon. Les effets s'enchaînant en tous sens, la seule chose dont on soit absolument sûr est que les pins dépérissent en nombre inhabituel.
On ne peut pas savoir quelle est la cause véritable du chancre du pin, ni les conséquences profondes du « remède ». Si l'on intervient à l'aveuglette cela ne peut que semer les graines de la
prochaine grande catastrophe. Non, je ne peux pas me réjouir, sachant que les ravages directs de l'hylobie ont été résolus par des vaporisations de produits chimiques. Utiliser des produits
chimiques agricoles est la manière la plus absurde de traiter des problèmes tels que ceux-là, et ne conduira qu'à de plus graves problèmes dans l'avenir.
Les quatre principes de l'agriculture sauvage - (ne pas cultiver, pas d'engrais chimiques ni de compost préparé, pas de désherbage par labour ni herbicide et pas de
dépendance chimique)- obéissent à l'ordre naturel et conduisent au réapprovisionnement de la richesse naturelle. Tous mes tâtonnements ont suivi cette ligne d'idée. C'est le coeur de ma méthode
pour faire pousser légumes, céréales et agrumes.
Agriculture au milieu des mauvaises herbes
Une grande variété d'espèces de mauvaises herbes poussent avec le grain et le trèfle blanc dans ces champs. La paille de riz répandue sur le champ l'automne dernier est déjà décomposée en
riche humus. La moisson atteindra environ 59 quintaux à l'hectare .
Hier, quand le Professeur Kawase, qui fait autorité sur les herbes de pâturage, et le Professeur Hiroe, qui fait des recherches sur les plantes anciennes, virent la fine couche d'engrais vert
dans mes champs, ils appelèrent cela une magnifique oeuvre d'art. Un agriculteur local qui s'était attendu à voir mes champs complètement recouverts de mauvaises herbes fut surpris de voir l'orge
poussant si vigoureusement parmi les nombreuses autres plantes. Des experts techniques sont également venus ici, ont vu les mauvaises herbes, vu le cresson et le trèfle qui poussent partout, et
sont partis en hochant la tête d'étonnement .
Il y a vingt ans, quand j'encourageais l'utilisation d'une couverture du sol permanente dans les vergers, il n'y avait pas un brin d'herbe visible dans les champs ou les vergers dans tout le
pays. En voyant des vergers comme les miens les gens arrivèrent à comprendre que les arbres fruitiers pouvaient très bien pousser parmi toutes sortes d'herbes. Aujourd'hui les vergers couverts
d'herbes sont communs au Japon et ceux qui ne le sont pas sont devenus rares.
C'est la même chose pour les champs de céréales. Riz, orge et avoine peuvent pousser avec succès tandis que les champs sont couverts de trèfle et de mauvaises herbes tout au long de
l'année. Revoyons plus en détail le programme annuel des semailles et moissons de ces champs. Début octobre, avant la moisson, on sème à la volée du trèfle blanc et des céréales d'hiver de
variété à croîssance rapide parmi les tiges du riz finissant de mûrir [note 2]. Le trèfle et l'orge, ou l'avoine, lèvent et poussent de deux centimètres et demi à cinq centimètres pendant le
temps qu'il faut au riz pour être prêt à moissonner. Pendant la moisson du riz, les semences levées sont foulées par les pieds des moissonneurs, mais récupèrent en un rien de temps. Quand le
battage est accompli la paille de riz est répandue sur le champ.
« En un jour il est possible de faire assez de boulettes d'argile pour ensemencer environ deux hectares. Je trouve que là où les boulettes sont couvertes de paille, les semences germent
bien et ne pourissent pas même les années de pluie ..." (procédé ci dessous)
Quand le riz est semé en automne et laissé découvert, les semences sont souvent mangées par les souris et les oiseaux ou bien elles pourrissent au sol et c'est pourquoi j'enferme les semences de
riz dans de petites boulettes d'argile avant de semer. La semence est étalée sur un plateau ou une panière que l'on secoue dans un mouvement de va-et-vient circulaire. On la saupoudre
d'argile finement pulvérisée et on ajoute de temps en temps une fine buée d'eau. Cela forme de petites boulettes d'environ un centimètre de diamètre. Il y a un autre procédé pour faire les
boulettes.
- On fait d'abord tremper dans l'eau pendant plusieurs heures la semence de riz décortiqué. On la retire et on la mélange à de l'argile humecté tout en foulant des pieds ou des mains. Puis on
presse l'argile à travers un tamis en grillage de cage à poule pour le séparer en petites mottes. On doit laisser sècher les mottes un jour ou deux, ou jusqu'à ce qu'on puisse aisément les rouler
en boulettes entre les paumes. Idéalement il y a une graine par boulette. En un jour il est possible de faire assez de boulettes pour ensemencer environ deux hectares.
Selon les conditions j'enferme quelquefois les semences des autres céréales et des légumes dans des boulettes avant de semer. De mi-novembre à mi-décembre c'est le bon moment pour semer à la
volée des boulettes contenant la semence de riz parmi les jeunes plants d'orge ou d'avoine, mais on peut aussi les semer à la volée au printemps [Note 3]. On étend sur le champ une fine couche de
fumier de volaille pour aider à décomposer la paille et les semailles de l'année sont terminées.
En mai les céréales d'hiver sont moissonnées. Après le battage toute la paille est répandue sur le champ.
On fait alors entrer l'eau qu'on laisse stagner pendant une semaine à dix jours. Ceci provoque un affaiblissement des mauvaises herbes et du trèfle et permet au riz de lever à travers la paille.
Durant juin et juillet la pluie suffit ; en août on fait passer de l'eau courante à travers le champ une fois par semaine sans la laisser stagner. Maintenant la moisson d'automne approche.
Tel est le cycle annuel de culture du riz/céréales d'hiver par la méthode naturelle. Les semailles et la moisson suivent de si près le modèle de la nature qu'on peut considérer qu'elles suivent
leur processus naturel plutôt qu'une technique agricole.
Cela ne prend qu'une heure ou deux à un agriculteur de faire les semailles et de répandre la paille sur un are. A l'exception de la moisson on peut faire pousser seul les céréales d'hiver, et
pour le riz deux ou trois personnes suffisent en n'utilisant que les outils japonnais traditionnels. Il n'y a pas méthode plus facile, plus simple, pour faire pousser le grain. Elle comporte à
peine plus que semer à la volée et répandre la paille, mais il m'a fallu plus de trente ans pour atteindre cette simplicité.
Cette manière de travailler la terre s'est développée conformément aux conditions naturelles des îles japonaises mais j'ai le sentiment que la méthode naturelle du travail de la terre pourrait
aussi être appliquée dans d'autres régions et pour d'autres cultures indigènes. (sentiment confirmé aujourd’hui par d’autres expériences. V réfs) . Dans les régions où l'eau
n'est pas aisément disponible on pourrait faire pousser le riz des montagnes, par exemple, ou d'autres grains tels que le sarrasin, le sorgho ou le millet. Au lieu du trèfle blanc une autre
variété de trèfle, la luzerne, la vesce ou le lupin peuvent se révéler meilleures couvertures du champ. L'agriculture sauvage prend une forme distincte, conformément aux conditions
particulières de la région où elle est appliquée.
Pendant la transition vers cette sorte d'agriculture, un peu de désherbage, de compostage ou d'élagage peuvent être nécessaires au début mais ces mesures seront graduellement réduites chaque
année. Finalement ce n'est pas la technique de culture qui est le facteur le plus important, mais plutôt l'état d'esprit de l'agriculteur.
Agriculture avec de la paille
On pourrait considérer que répandre de la paille est plutôt sans importance alors que c'est le fondement de ma méthode pour faire pousser le riz et les céréales d'hiver. C'est en relation avec
tout, avec la fertilité, la germination, les mauvaises herbes, la protection contre les moineaux, l'irrigation. Concrétement et théoriquement, l'utilisation de la paille en agriculture est un
point crucial. Il me semble que c'est quelque chose que je ne peux pas faire comprendre aux gens.
Répandre la paille non-hachée
Le Centre d'Essai d'Okayama est en train d'expérimenter l'ensemencement direct du riz dans quatre vingt pour cent de ses champs expérimentaux. Quand je leur suggérai d'étendre la paille
non-hachée, ils pensèrent apparemment que cela ne pouvait pas être bien, et firent les expériences après l'avoir hachée dans un hachoir mécanique. Quand j'allai voir l'essai il y a quelques
années, je vis que les champs avaient été divisés en ceux utilisant la paille non-hachée, hachée et pas de paille du tout. C'est exactement ce que je fis pendant longtemps et comme la non hachée
marche mieux, c'est la non-hachée que j'utilise. M. Fujii, un enseignant du Collège d'Agriculture de Yasuki dans la Préfecture de Shimane, voulait essayer l'ensemencement direct et vint visiter
ma ferme. Je lui suggérai de répandre de la paille non-hachée sur son champ. Il revint l'année suivante et rapporta que l'essai avait raté. Après avoir écouté attentivement son récit, je
m'aperçus qu'il avait posé la paille de manière rectiligne et ordonnée comme le mulch d'un jardin japonais. Si vous faites ainsi, les semences ne germeront pas bien du tout. Les pousses du riz
auront du mal à passer au travers de la paille d'orge ou d'avoine si on la répand de façon trop ordonnée. Il vaut mieux la jeter à la ronde en passant, comme si les tiges étaient tombées
naturellement.
La paille de riz fait un bon mulch aux céréales d'hiver, et la paille de céréales d'hiver est encore meilleure pour le riz. Je veux que cela soit bien compris. Il y a plusieurs maladies du riz
qui infesteront la récolte si on applique de la paille de riz fraîche. Toutefois ces maladies du riz n'affecteront pas les céréales d'hiver, et si la paille de riz est étendue en automne, elle
sera tout à fait décomposée quand le riz germera au printemps suivant. La paille de riz fraîche est saine pour les autres céréales, de même que la paille de sarrazin, et la paille des autres
espèces de céréales peut être utilisée pour le riz et le sarrazin. En général la paille fraiche des céréales d'hiver telles que le froment, l'avoine et l'orge ne doit pas être employée comme
mulch pour d'autres céréales d'hiver parce que cela pourrait provoquer des dégâts par maladie.
La totalité de la paille et de la balle restant après avoir battu doit retourner sur le champ.
La paille enrichit la terre
Eparpiller la paille maintient la structure du sol et enrichit la terre au point que le fertilisant préparé devient inutile. Ceci est lié bien entendu à la non-culture. Mes champs sont
peut-être les seuls au Japon à ne pas avoir été labourés depuis plus de vingt ans, et la qualité du sol s'améliore à chaque saison. J'estime que la couche supérieure riche en humus, s'est
enrichie sur une profondeur de plus de douze centimètres durant ces années. Ce résultat est en grande partie dû au fait de retourner au sol tout ce qui a poussé dans le champ sauf le grain.
Pas besoin de préparer de compost
Il n'est pas nécessaire de préparer de compost. Je ne dirai pas que vous n'avez pas besoin de compost - seulement qu'il n'est pas nécessaire de travailler dur à le faire. Si on
laisse la paille étendue à la surface du champ au printemp ou en automne et qu'on la recouvre d'une mince couche de fumier de poule ou de crottes de canard, en six mois elle se décomposera
complètement. Pour faire du compost par la méthode habituelle, l'agriculteur travaille comme un fou sous le soleil brûlant, hachant la paille, ajoutant de l'eau et de la chaux, retournant
le tas et le tractant jusqu'au champ. Il se donne toute cette peine parce qu'il pense que c'est une « meilleure voie ». Je préférerais voir les gens éparpiller de la paille, de la balle ou des
copeaux sur leurs champs .
En voyageant sur la ligne de Tokaïdo à l'ouest du Japon, j'ai remarqué qu'on coupe la paille plus grossièrement que lorsque j'ai commencé à parler de la répandre non coupée. I1 faut que je rende
justice aux agriculteurs. Mais les experts d'aujourd'hui continuent à dire qu'il est préférable de n'utiliser que tant de tonnes de paille à l'hectare. Pourquoi ne disent-ils pas de remettre
toute la paille dans le champ ? En regardant par la fenêtre du train, on peut voir des agriculteurs qui ont coupé et répandu environ la moitié de la paille et laissent pourrir le reste à l'écart
sous la pluie.
Si tous les agriculteurs du Japon se mettaient d'accord et commençaient à remettre toute la paille sur leurs champs, le résultat serait qu'une énorme quantité de compost reviendrait à la
terre.
Germination
Pendant des centaines d'années les agriculteurs ont mis grand soin à la préparation de semis de riz pour faire pousser du plant sain et fort. Ils nettoyaient les petits semis comme s'ils
avaient été l'autel des ancètres. La terre était cultivée, du sable et les cendres de balle de riz brûlée étaient répandus tout autour, et une prière était offerte pour que les plants
réussissent.
Il n'est donc pas étonnant que les villageois des environs aient pensé que je n'avais plus ma tête de jeter la semence à la volée tandis que les céréales d'hiver étaient encore sur pied, avec des
mauvaises herbes et des morceaux de paille en décomposition éparpillés partout.
Naturellement les semences germent bien quand elles sont semées directement sur un champ bien retourné, mais s'il pleut il devient boueux, on ne peut pas y entrer et y marcher et les
semailles doivent être différées. La méthode sans culture a la sécurité sur ce point, mais par ailleurs elle a l'inconvénient des petits animaux tels que taupes, grillons, souris et limaces qui
aiment manger les semences. Les boulettes d'argile enfermant les semences résolvent ce problème.
Pour semer les céréales d'hiver la méthode habituelle est de semer la semence et de la recouvrir de terre. Si la semence est mise trop profondément, elle pourrira. J'ai autrefois laissé tomber la
semence dans de petits trous dans le sol, ou dans des sillons sans les recouvrir de terre, mais j'ai expérimenté beaucoup d'échecs avec les deux méthodes. Depuis peu je suis devenu paresseux
et au lieu de faire des sillons ou de faire des trous dans la terre, j'enveloppe les semences dans des boulettes d'argile et je les lance directement sur le champ. La germination est meilleure à
la surface où elle est exposée à l'oxygène. J'ai trouvé que là où les boulettes sont couvertes de paille, les semences germent bien et ne pourrissent pas, même les années de forte pluie.
La paille aide à tenir tête aux mauvaises herbes et aux moineaux Idéalement, un hectare produit environ quatre tonnes de paille d'avoine. Si la totalité
de la paille est étendue sur le champ, la surface sera entièrement recouverte. Même une mauvaise herbe génante comme le chiendent, problème le plus difficile dans la méthode d'ensemencement
direct sans culture, peut être maintenue sous contrôle.
Les moineaux m'ont causé de fréquents maux de tête. L'ensemencement direct ne peut pas réussir sans moyen sûr pour venir à bout des oiseaux et il y a beaucoup d'endroits où l'ensemencement direct
a été lent à se répandre pour cette seule raison. Certains d'entre vous peuvent avoir le même problème avec les moineaux et vous comprendrez ce que je veux dire. Je me souviens du temps où
ces oiseaux me suivaient et dévoraient toutes les graines que j'avais semées avant même que j'aie pu finir l'autre côté du champ. J'ai essayé les épouvantails à moineaux et les filets, des boîtes
de conserve cliquetant sur des ficelles, mais rien n'a vraiment bien marché. Ou s'il arrivait qu'une de ces méthodes réussît, son efficacité ne durait qu'un an ou deux.
Mon expérience a montré qu'en semant quand la récolte est encore sur pied de telle sorte que la semence soit cachée par les herbes et le trèfle et en répandant un mulch de paille de riz, d'avoine
ou d'orge dès que la récolte mûre à été moissonnée, le problème des moineaux peut être résolu avec beaucoup d'efficacité.
J'ai fait quantité de fautes en expérimentant au cours des ans, j'ai fait l’expérience d'erreurs de toutes sortes.J'en connais probablement plus sur ce qui peut
aller mal dans la croissance des récoltes agricoles que personne d'autre au Japon. Quand j'ai réussi pour la première fois à faire pousser du riz et des céréales d'hiver par la méthode de la
non-culture, je me suis senti aussi heureux que Christophe Colomb a dû l'être quand il découvrit l'Amérique .
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- note pers : branche en permaculture : la “culture sans fumier” ou “culture végétalienne”.
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FUKUOKA (ENTRETIEN 1986)
“ REVERDIR LE DÉSERT “ (extraits)
par Robert et Diane Gilman
(extraits sur http://site.ifrance.com/ghanima/agro.html)
Masanobu Fukuoka est un de ces pionniers de l'agriculture "du long terme" (sustainable) qui se sont rendus à la 2ème conférence internationale de PermaCulture.. Nous nous sommes entretenus avec
lui alors qu'il visitait la "Abundant Life Seed Foundation" de Port Townsend à Washington, quelques jours avant qu'il ne présente sa conférence.
Il aime dire de lui qu'il n'a aucune connaissance hormis celle contenue dans ses livres, dont La révolution d'un seul brin de paille (Chez Trédaniel - Editions de la Maisnie, 1983) et
The Natural Way of Farming, démontrant ainsi qu'il ne manque pas de sagesse... Sa méthode d'agriculture ne nécessite pas de labour, pas de fertilisants ni de pesticides, pas de désherbage ni
d'élagage ainsi que très peu de travail! Il accomplit tout cela (y compris des rendements élevés) grâce à une extrême précaution dans la détermination de la période de semis tout comme dans le
choix des combinaisons de plantes (polyculture). En résumé, il a élevé l'art du travail avec la nature à un très haut degré de raffinement..
Il décrit comment on peut appliquer ses méthodes d'agriculture naturelle aux zones désertiques de la planète, et ceci sur la base de son expérience en Afrique en 1985. Katsuyuki Shibata et Hizuru
Aoyama ont aidé à la traduction [anglaise] de cet entretien.
R : Qu'avez-vous appris durant ces 50 ans de travail sur ce que les gens peuvent faire avec leur agriculture ?
Masanobu : Je suis un petit homme, comme vous pouvez le voir, mais je suis venu aux Etats-Unis avec un grand but. Ce petit homme devient de plus en plus petit, et ne va pas durer très longtemps,
et je voudrais donc partager mes idées de 50 ans. Mon rêve est comme un ballon. Il peut devenir de plus en plus petit, ou il peut devenir de plus en plus gros. Si cela pouvait être dit d'une
manière brève, cela se dirait comme le mot "néant". Mais cela pourrait secouer la terre entière.
Je vis sur une petite montagne, faisant ma ferme. Je n'ai aucune connaissance. Je ne fais rien. Ma façon de faire de l'agriculture est de ne pas cultiver, de ne pas fertiliser, et de ne pas
utiliser de produits chimiques. Il y a dix ans, mon livre One Straw Revolution [La révolution d'un seul brin de paille], a été publié aux USA par Rodale Press. De ce moment je ne suis plus
parvenu à simplement dormir dans les montagnes. J'ai pris un avion pour la première fois de ma vie il y a sept ans et je suis venu à Boston, en Californie, à New York City. J'ai été surpris parce
que je pensais que les Etats-Unis étaient un pays très vert, mais il m'est apparu comme une terre morte.
J'ai ensuite parlé de mon agriculture naturelle au responsable du département des déserts des Nations Unies. Il m'a demandé si mon agriculture naturelle pouvait changer le désert d'Irak. Il m'a
dit de développer un moyen pour faire reverdir le désert. J'ai pensé à ce moment que je n'étais qu'un pauvre fermier sans pouvoir ni connaissances, et je lui ai dit que cela m'était impossible.
Mais à partir de ce moment j'ai commencé à penser que ma tâche était de travailler sur le désert.
J'ai voyagé à travers l'Europe il y a quelques années. Il m'a semblé que l'Europe était très belle, et avait beaucoup de zones naturelles préservées. Mais à cinquante centimètres sous la surface,
j'ai senti le désert arriver lentement. Je me suis demandé pourquoi. J'ai réalisé que c'était dû à l'erreur qu'ils faisaient dans l'agriculture. Les débuts de cette erreur sont dans l'élevage de
la viande pour les rois et du vin pour l'église. A l'entour, ce ne sont que troupeaux, troupeaux, troupeaux, vigne, vigne, vigne. L'agriculture Européenne et Americaine a commencé avec des
troupeaux qui paturent et des vignes qui poussent pour les
rois et l'église. Ils ont changé la nature en faisant cela, tout particulièrement sur les flancs des collines. L'érosion des sols apparaît alors. Seuls les 20% du sol des vallées restent sains,
et 80% de la terre est épuisé. Puisque cette terre est épuisée, ils ont besoin de fertilisants et de pesticides chimiques.
L'agriculture des Etats-Unis, de l'Europe, et même du Japon, a commencé en retournant la terre. Cultiver est aussi lié à la civilisation, et c'est là que commence l'erreur. Dans la vraie
agriculture naturelle, on ne cultive pas, on ne laboure pas. L'utilisation de tracteurs et d'outils détruit la vraie nature. Les plus grands ennemis des arbres sont la scie et la hache.
Si les gens n'avaient pas ces outils, ce serait meilleur pour tout le monde.
Puisque ma ferme n'est pas cultivée, n'utilise pas de fertilisants ou de produits chimiques, de nombreux animaux et insectes y vivent. Ils utilisent les pesticides pour tuer un certain type de
nuisibles, ce qui détruit l'équilibre de la nature. Si nous parvenons à nous en passer, une nature parfaite reviendra.
R : Comment avez-vous appliqué votre méthode aux déserts ?
Masanobu : L'agriculture chimique ne peut changer le désert. Ils ne peuvent le faire même avec un tracteur et un gros système d'irrigation. J'ai réalisé que l'agriculture naturelle est
indispensable pour que le désert retourne à la verdure. La méthode est très simple. Semez simplement quelques graines dans le désert. Voici la photo d'une expérience en Ethiopie. Cette zone était
très belle il y a 90 ans, et elle ressemble maintenant au désert du Colorado. J'ai donné les semences pour 100 variétés de plantes aux gens en Ethiopie et en Somalie. Les enfants ont planté les
graines, et les ont arrosées pendant trois jours. La température élevée et l'abscence d'eau ont fait que les racines ont rapidement plongé dans le sol. Les radis Daikon poussent maintenant à cet
endroit. Les gens pensent qu'il n'y a pas d'eau dans le désert, mais même en Somalie et en Ethiopie, ils ont une grande rivière. Ce n'est pas qu'il n'y a pas d'eau. Cette eau se trouve juste
sous la terre. On trouve l'eau entre 2 et 4 mètres de profondeur.
D : Vous utilisez l'eau juste pour la germination, puis vous laissez les plantes se débrouiller ?
Masanobu: Dix jours ou un mois après, elles ont encore besoin d'eau, mais il ne faut pas trop les arroser, pour que les racines descendent profondément. Il y a des gens en Somalie qui ont
maintenant un jardin personnel. Le projet a démarré avec l'aide de l'UNESCO et beaucoup d'argent, mais il n'y a aujourd'hui (1986) qu'un couple de personnes qui s'occupe de l'expérience. Ces
jeunes gens de Tokyo ne connaissent pas grand chose à l'agriculture.
Je pense qu'il est mieux d'envoyer des graines aux gens de Somalie et d'Ethiopie, plutôt que leur envoyer du lait et de la farine, mais il n'y a pas de moyen de leur en envoyer. Les gens
de Somalie et d'Ethiopie peuvent semer des graines, ce dont même les enfants sont capables, mais les gouvernements Africains, les Etats-Unis, l'Italie, la France n'envoient pas de graines, mais
seulement de la nourriture et des vêtements. Les gouvernements Africains découragent les jardins personnels et la petite agriculture. Les graines pour jardin sont devenues rares durant les 100
dernières années.
D : Pourquoi ces gouvernements font-ils ainsi?
Masanobu: Les gouvernements Africains et le gouvernement des Etats Unis veulent que les gens ne fassent pousser que cinq ou six variétés de café, de thé, de coton, pour l'exportation et pour
faire de l'argent. Les légumes ne sont que de la nourriture, ils ne rapportent pas d'argent. Ils disent qu'ils vont fournir le maîs et le blé pour que les gens n'aient pas besoin de faire pousser
leurs propres légumes.
R : Avons-nous aux Etats-Unis le type de graines qui pourrait correctement s'acclimater à ces régions d'Afrique?
Masanobu : De fait, j'ai vu ce matin dans cette ville (Port Townsend) de nombreuses plantes dont des légumes, des plantes ornementales et des céréales qui pousseraient dans le désert. Des plantes
comme les radis Daikon, ou d'autres variétés comme l'amarante (amaranth ndt) ou des plantes grasses poussent même mieux là-bas que dans mes champs.
R : Donc si les gens aux Etats-Unis, au Japon et en Europe veulent aider les gens en Afrique, et réduire le désert, suggèreriez-vous qu'ils y envoient des graines ?
Masanobu : Quand j'étais en Somalie, j'ai pensé que s'il y avait 10 fermiers, un camion et des semences, il serait alors très facile d'aider les gens de l'endroit. Il n'ont pas d'herbe pendant la
moitié de l'année, ils n'ont pas de vitamines, et tombent évidemment malades. Ils ont même oublié comment manger les légumes. Ils mangent juste les feuilles mais pas la partie comestible des
racines.
Je suis allé à l'Olympic National Park hier. J'ai été très surpris et j'en ai presque pleuré. Là, Le sol était vivant ! La montagne ressemblait au lit de Dieu. La forêt semblait vivante, ce que
vous ne trouvez même pas en Europe.. Les arbres de Californie et les prairies Françaises sont superbes mais c'était bien le plus beau ! Les gens qui vivent par ici ont de l'eau, du bois de
chauffage et des des arbres. C'est comme le Jardin d'Eden. Si les gens sont vraiment heureux, cet endroit est une vraie Utopie.
Les gens dans les déserts n'ont qu'une tasse, un couteau et une marmite. Certaines familles n'ont même pas un couteau, et doivent couper leur bois à coups de rochers et le transporter sur des
kilomètres. J'étais très impressionné par cette belle région, mais j'avais au même moment mal au coeur en pensant aux gens du désert. La différence est la même qu'entre le paradis et
l'enfer. Je crois que le monde en arrive à un point très dangereux.
Les Etats-Unis ont le pouvoir de détruire le monde, mais aussi d'aider le monde. Je me demande si les gens de ce pays se rendent compte que les Etats-Unis aident les gens en Somalie mais sont
aussi en train de les tuer. Ils leurs font cultiver du café, du sucre et leur donnent de la nourriture. Le gouvernent Japonais fait la même chose. Il donne des vêtements et le
gouvernement Italien donne des macaronis. Les Etats-Unis veulent en faire des mangeurs de pain. Les gens en Ethiopie cuisinent le riz, l'orge et les légumes. Ils sont heureux en restant des
petits agriculteurs. Le gouvernement des Etats-Unis leur dit de travailler, travailler comme des esclaves dans une grande ferme, en cultivant du café. Les Etats-Unis leur disent qu'ils
peuvent faire de l'argent et devenir heureux de cette manière. Un professeur japonais, un collègue, a dit après avoir visité la Somalie et l'Ethiopie que c'était l'enfer sur terre. J'ai dit "Non,
c'est l'entrée du paradis". Ces gens n'ont pas d'argent, pas de nourriture, mais ils sont très heureux. Ils sont heureux parce qu'ils n'ont pas d'écoles ni de maîtres. Ils sont heureux lorsqu'ils
transportent de l'eau, lorsqu'ils coupent du bois. Ce n'est pas une chose, difficile pour eux, ils aiment vraiment faire cela. Il fait très chaud entre midi et trois heures, mais sinon il y a du
vent, et il n'y a pas de mouches ou de moustiques.
Les gens aux Etats-Unis, plutôt que d'aller dans l'espace, pourraient ensemencer les déserts depuis la navette spaciale. Il y a beaucoup de compagnies de semences affiliées à des entreprises
multi-nationales. Ils pourraient ensemencer à partir d'avions.
D : Si l'on jetait les graines ainsi, les pluies seraient-elles suffisantes pour les faire germer?
Masanobu : Non, ce n'est pas assez, donc je sèmerai des graines enrobées pour éviter qu'elles se déssèchent ou qu'elles soient mangées par les animaux. Il y a probablement différentes manières
d'enrober les graines. Vous pouvez utiliser de la terre, mais il faut que cela colle, ou utiliser du calcium.
Ma ferme a de tout : des arbres fruitiers, des légumes, des acacias. Comme dans mes champs, il faut tout mélanger et semer au même moment. J'ai pris dans les
100 variétés d'arbres greffés là, deux de chaque, et la plupart, dans les 80%, y poussent maintenant. La raison pour laquelle je dis d'utiliser un avion (rappel : ds le désert), c'est que
pour tester, vous utilisez juste une petite zone. Mais pour faire reverdir une grande zone, tout ceci doit être fait en une seule fois ! Vous devez mélanger les arbres et les légumes; c'est le
moyen le plus rapide pour réussir.
J'ai une autre raison pour proposer d'utiliser l'avion : Il faut les semer vite parce que si les zones vertes de la planète diminuent encore de 3%, toute la terre va mourrir. Les gens ne seront
pas heureux à cause du manque d'oxygène. Vous vous sentez heureux au printemps grâce à l'oxygène des plantes. Nous aspirons l'oxygène et expirons le gaz carbonique, et les plantes font l'inverse.
Les êtres humains et les plantes n'ont pas seulement des relation de nourriture, mais ils partagent aussi l'air. Ainsi le manque d'oxygène en Somalie n'est pas seulement un problème à cet
endroit, mais aussi un problème ici. Tout le monde va ressentir l'épuisement rapide des sols dans ces régions d'Afrique. Cela arrive très vite. Il n'y a a pas de temps à perdre. Nous devons faire
quelque chose maintenant.
Les gens en Ethiopie sont heureux avec le vent et la lumière, le feu et l'eau. Pourquoi les gens ont-ils besoin de plus ? Notre tâche est de pratiquer l'agriculture à la manière de Dieu. Ce
pourraît être un moyen de commencer à sauver ce monde.
M.Fukuoka
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